L’art au service de l’inclusion : un programme dédié aux jeunes adultes autistes
Depuis 2021, la Réunion des musées nationaux – Grand Palais s’engage à rendre la culture plus accessible en développant Histoires d’art aux Petits Soins, un programme pensé pour les jeunes adultes présentant des troubles du spectre autistique.
Fondé sur le principe du take care – une attention bienveillante portée à chacun – ce projet mêle médiation culturelle et art-thérapie en groupe. Il invite les participants à explorer leur créativité à travers des ateliers et des sorties culturelles, encadrés par des experts de la Rmn-Grand Palais et deux art-thérapeutes.
Après une première édition consacrée au paysage, la deuxième, dédiée à l’objet dans l’art, s’est déroulée d’avril à juin 2022. Mobilisés par deux structures partenaires, les jeunes ont suivi un parcours de dix séances comprenant :
- Une sortie au musée et huit séances créatives d’art-thérapie au sein de leur structure.
- Une séance d’art-thérapie destinée aux membres du personnel accompagnant.
Ce projet a pris vie grâce aux interventions de Cécile Aillerie, art-thérapeute à l’IME Robert Doisneau (Fondation OVE, Paris), et de Nicole Depagniat, artiste plasticienne et art-thérapeute à l’IME Les 10 000 Rosiers – Le Soleil d’Or (Fédération APAJH, Rosny-sous-Bois).
L’objet comme sujet
Un fil rouge pour guider l’exploration
Notre aventure autour de l’objet d’art a débuté par un fil conducteur au sens propre : un marquage rouge au sol du musée Guimet. Ce parcours nous a menés des sculptures monumentales khmères à l’installation Living Inside de Chiharu Shiota, où des centaines d’objets du quotidien, reliés par des fils de laine rouge, semblaient pris dans un réseau complexe. Ce contraste entre un fil clair qui guide et des fils emmêlés qui perdent nos repères est devenu le point de départ de notre réflexion : comment un objet, familier ou inconnu, peut-il se transformer et prendre une toute nouvelle signification ?
L’objet choisi : un point d’ancrage
Chaque participant a débuté cette expérience avec un objet personnel : un collier, une pipe, un stylo feutre bleu, une clé, un appareil photo, un jeu Pop It, une bouteille de parfum ou encore un crayon rose. Cet objet, fil conducteur de l’atelier, revenait à chaque séance dans sa forme originelle, rappel constant et repère familier qui nous menait d’une étape à l’autre.
Une transformation progressive
Ce fil d’Ariane nous a emmenés vers des territoires plus incertains, où l’objet a évolué au fil de consignes de création de plus en plus complexes. Il a pris tour à tour des formes nouvelles : aplaties, semi-volumiques, puis entièrement en relief. Il s’est déconstruit, jouant avec la lumière et les ombres, laissant des empreintes, s’imprégnant de couleurs et de matières. Parfois dissimulé sous des emballages subtils, il devenait à peine perceptible ou s’enfouissait dans une autre forme, ouvrant la porte à une lecture nouvelle.
L’objet qui devient sujet
Au fil de ces transformations, l’objet initial, statique et inanimé, s’est mis en mouvement, semblant prendre vie entre les mains des participants. De simple élément matériel, il est devenu acteur du processus créatif, un sujet en mutation. En le modelant, en le réinventant, chaque jeune dialoguait avec lui-même, exprimant, à travers cette transformation, une partie de son être.
Un prolongement de soi à travers la création
Dans cet échange entre l’objet et son créateur, une matérialisation de l’intériorité s’opérait. L’objet devenait le témoin tangible d’une présence à soi, même fugace, même inconsciente. C’est là toute la richesse de cette démarche : offrir à ces jeunes la possibilité d’exister pleinement à travers leur création, de laisser une empreinte d’eux-mêmes dans la matière, et de poursuivre un fil qui, désormais, ne cessera jamais de se dérouler.