Histoires d’art aux Petits Soins, édition 2023

par | 27 Juil 2023 | Interventions

L’art comme mouvement : un programme d’exploration et de création

Rendre la culture accessible à tous est une mission essentielle de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais. C’est dans cette dynamique qu’a été conçu Histoires d’art aux Petits Soins, un programme initié en 2021 à destination de jeunes adultes présentant des troubles du spectre autistique.

Fondé sur le principe du take care, une attention bienveillante portée à autrui, ce projet s’appuie sur l’art-thérapie en groupe pour encourager l’expression, la créativité et la découverte de soi à travers des expériences artistiques. Chaque édition explore une thématique particulière : après le Paysage et l’Objet, la troisième session, menée de janvier à avril 2023, s’est articulée autour du Mouvement dans l’art.

Encadrés par Nicole Depagniat, artiste plasticienne et art-thérapeute, les participants de l’IME Le Soleil d’Or (pôle enfance 93 de la Fédération APAJH, à Rosny-sous-Bois) ont suivi un programme de 20 séances rythmé par :

  • 1 sortie au musée,
  • 18 ateliers d’art-thérapie au sein de l’établissement,
  • 1 séance d’expérimentation dédiée aux membres du personnel.

Le mouvement dans l’art : une exploration sensorielle et créative

Un processus en perpétuel mouvement

L’art n’est jamais figé. Comme l’exprimait le peintre František Kupka, la création artistique est une danse, une explosion dynamique où chaque élément trouve sa place dans un équilibre en constante évolution. C’est dans cet esprit que s’est déroulée la troisième édition du programme Histoires d’art aux Petits Soins à l’IME Le Soleil d’Or.

L’art-thérapie elle-même est un mouvement : elle invite à la transformation, à la découverte d’un soi en perpétuelle évolution. Ce projet visait précisément à permettre aux participants de tracer un nouveau chemin, à la fois symbolique et sensoriel, en intégrant leurs gestes spontanés dans un processus créatif.

Transformer le mouvement en création artistique

L’objectif était de faire du mouvement un moteur artistique, en intégrant les gestes répétitifs et stéréotypés souvent observés chez les jeunes présentant des troubles du spectre autistique. Balancements, crispations, gestes de repli… autant de mouvements qui, loin d’être contraints, ont été réinvestis dans des propositions plastiques et poétiques.

Ainsi, au fil des ateliers, les participants ont expérimenté différentes formes d’expression :

  • Glisser sur une trottinette en laissant une trace visible derrière soi.
  • Suspendre des fils blancs en longues boucles sur un fil noir, dans un geste lent et délicat.
  • Dérouler une pelote de laine pour créer des cercles, comme une métaphore du fil de la vie.
  • Tracer des cercles sur une grande feuille de papier à l’aide d’une valise aux roues enduites d’encre.
  • Explorer les jeux d’ombre et de lumière en faisant glisser une lampe sur son propre corps recouvert de peinture phosphorescente.
  • Danser et chantonner devant les ombres mouvantes projetées sur un mur.
  • Se draper dans différents tissus, les utiliser pour se protéger, se cacher, ou au contraire, révéler les formes du corps sous le vent d’un ventilateur.

Laisser le mouvement créer

Aucune de ces actions n’était prédéterminée. Tout s’est construit dans l’instant, grâce à des dispositifs précis qui laissaient place à l’imprévu. L’atelier devenait un espace symbolique où le mouvement pouvait s’exprimer librement, révélant la vitalité et la force de l’instant présent.

Au-delà de l’exploration artistique, c’est bien une rencontre avec l’inattendu qui s’est jouée. Un dialogue entre le geste, la matière et l’émotion, où la création n’était pas seulement en mouvement, mais où le mouvement lui-même devenait une forme d’art.